Une salle merveilleuse.
Josep Roca

Le go est un fantastique jeu chinois, répandu dans la civilisation orientale. C’est un jeu de société où s’affrontent deux adversaires avec des pièces blanches et noires. Les plus audacieux arrivent à le comparer avec les échecs, où également s’affrontent deux mondes divisés entre figures blanches et noires, comme nous pourrions définir les cuisiniers et les serveurs. Aux échecs, il faut tuer pour gagner. Au go, il faut construire pour vivre. L’objectif n’est pas de manger l’autre, mais de tracer un territoire plus grand.

C’est ainsi que nous devons voir la complicité des équipes de cuisine et de salle dans notre future gastronomie. Construire et proposer des stratégies pour séduire. La salle d’un restaurant permet une cohésion comme peu d’autres espaces peuvent le faire. C’est un univers de connexions émotionnelles enrichies du feedback de la proximité.

Nous devons réinterpréter notre profession en profitant du bon moment de la cuisine pour croître avec eux, ces vestes blanches. Séduire pour qu’eux séduisent.
Nous devons être capables de connecter émotionnellement avec les cuisiniers et mieux préparer les approches du client. Servir avec un regard intentionné et calme. Profiter du savoir oriental, de son rite. L’enchantement lors de la cérémonie du thé est un exemple pour le service occidental.

Se sentir bien, à l’aise, propre, on dit bien que celui qui se parfume – nous, subtilement – a un meilleur concept de soi-même. Explorer dans les tendances de passerelle pour réviser nos uniformes. Savoir demander. Réfléchir sur le ton de la voix. Le sourire naturel, franc. Forcer peut conduire au ridicule, le servilisme fait peur et ennuie. Simplicité, s’il vous plaît, simplicité et normalité comme règle.

La reconstruction de la cuisine dans la salle, en proposant de nouveaux changements et concepts, peut être fascinante. Bien interpréter les rythmes et les pauses des tables. Devenir des narrateurs de contes et de plats et de vins, et bien plus... La sagesse est indispensable pour une décompression physique et mentale, ce n’est pas en vain que l’étude et le savoir font partie de notre refuge vaniteux. Ils enveloppent les mouvements professionnels que nous réalisons. Les piliers sont l’étude, la persévérance, la constance et la curiosité pour gagner de la confiance et sécurité.

 

 

Cela est important, oui, mais pas vital. Les valeurs  du serveur du futur vont au-delà du savoir et de la formation concrète, elles résident dans la générosité et dans le fait de savoir gérer l’intelligence émotionnelle.

Je me sens fortuné, pour le soutien, la prédisposition et la complicité de mon équipe de salle. Je leur dois à tous une partie importante de notre succès. Nous vivons une situation extraordinaire d’inerties positives et c’est un véritable luxe de pouvoir montrer les charmes de notre cuisine avec la fidélité, rigueur, prédisposition et amour avec lesquels mon équipe reçoit et séduit. Cette énergie positive puisse-t-elle transmettre sa splendeur au-delà de notre restaurant.

Sebastià Serrano nous rappelle que les hominidés sont venus pour courtiser. Sa sagesse le garantit, je vous invite à courtiser avec les clients en montrant de l’attachement et une main tendue.
Heureusement, entre le bal des plats et des verres, la profession de serveur s’enlace en forme d’arbre bien enraciné avec les clients avides d’accueil et de chaleur. Chaque contact avec une personne est une opportunité pour améliorer sa vie.

Chers collègues, chers convives, cuisiniers admirés, la salle n’est pas en danger, comme les bons vins généreux et vaillants, elle ne meurt jamais, elle se réinvente et aujourd’hui elle est peut être meilleure qu’autrefois. Laissez-vous séduire.